La jalousie est souvent présentée comme un signe d’attachement. Beaucoup disent :
« S’il est jaloux, c’est qu’il tient à moi. »
Cette idée est profondément ancrée. Elle rassure. Elle donne du sens à une émotion parfois envahissante. Pourtant, la jalousie ne dit pas toujours ce que l’on croit qu’elle dit.
La jalousie parle rarement de l’autre.
Elle parle surtout de soi.
Elle apparaît quand la peur s’invite dans la relation. Peur de perdre. Peur de ne plus compter. Peur de ne pas être assez. Elle surgit moins quand l’amour est solide que lorsque l’on doute de sa place. Ce doute peut être ancien. Il peut venir de l’histoire personnelle, de blessures passées, ou simplement d’une difficulté à faire confiance.
Aimer, pourtant, suppose une chose difficile : accepter que l’autre ne nous appartienne pas. Aimer, ce n’est pas retenir. Ce n’est pas surveiller. Ce n’est pas s’assurer en permanence que l’on est indispensable. Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre, même quand cela implique une part d’incertitude.
La jalousie naît précisément là où cette incertitude devient insupportable.
Elle donne l’illusion de l’intensité. Plus on souffre, plus on se dit que l’on aime fort. Mais cette équation est trompeuse. La douleur n’est pas une mesure de l’amour. Elle est souvent le signe d’une insécurité qui cherche à se calmer.
La jalousie confond deux choses très différentes :
l’amour et la possession.
Aimer quelqu’un, ce n’est pas le garder à soi. C’est accepter qu’il ait une vie, des désirs, des pensées qui ne nous concernent pas toujours. C’est reconnaître qu’il est un autre, et non une extension de soi. Lorsque cette différence devient angoissante, la jalousie tente de la réduire.
Elle surveille.
Elle imagine.
Elle anticipe.
Non pour aimer davantage, mais pour se rassurer.
Il existe pourtant une autre manière d’aimer. Une manière moins spectaculaire, moins bruyante, mais plus solide. Une manière qui accepte le risque. Le risque d’être déçu. Le risque de ne pas être tout pour l’autre. Le risque de ne pas maîtriser.
L’amour véritable n’est pas garanti.
Et c’est précisément pour cela qu’il est précieux.
La jalousie, lorsqu’elle est légère et passagère, peut signaler un attachement. Elle peut inviter à parler, à ajuster, à se rassurer mutuellement. Mais lorsqu’elle devient centrale, lorsqu’elle cherche à contrôler, à limiter, à enfermer, elle cesse d’être une émotion. Elle devient un problème relationnel.
Car l’amour ne se mesure pas à la peur de perdre.
Il se reconnaît à la capacité de laisser l’autre être libre sans se sentir menacé.
Apprendre à aimer, ce n’est pas apprendre à ne plus jamais être jaloux. C’est apprendre à reconnaître ce que la jalousie révèle. Une fragilité. Une inquiétude. Un besoin de sécurité. Et parfois, une ancienne blessure qui demande autre chose que du contrôle.
La jalousie n’est pas une preuve d’amour.
Elle est souvent une question mal posée.
La vraie question n’est pas :
« Est-ce que je t’aime assez pour être jaloux ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que je me sens assez en sécurité pour aimer sans posséder ? »
Et c’est souvent là que commence le véritable travail de l’amour.
